Bonjour Charlotte, bonjour Alain,
Pouvez-vous me parler de la genèse du spectacle « Plan B » ?


Alain : au démarrage, il y avait une envie de travailler sur ce qu’on appelle des « niveaux de jeu ». C’est-à-dire improviser, mais en ayant des contraintes sur les comédiens qui improvisent et non pas sur les personnages. Souvent, en improvisation théâtrale, on improvise sur l’histoire, la narration, mais pas sur les interprètes des personnages. Une des genèses était donc de pouvoir créer de nouvelles contraintes de jeu à un double niveau. Une autre genèse, c’est que nous rigolons depuis longtemps avec l’idée suivante : si un jour dans un théâtre, pour une raison ou pour une autre, un spectacle est annulé alors que le décor est prêt sur scène, en tant qu’improvisateur ou improvisatrice, ça nous amuserait de pouvoir essayer de sauver la soirée ! Avec le comédien Yvan Richardet, nous voulions notamment créer une espèce d’assurance pour les théâtres avec un petit bus à la façon de L’Agence tous risques avec des comédiens dedans qui potassent la pièce, arrivent et sauvent la soirée ! Ce sont un peu ces idées-là qui nous ont poussés à créer Plan B.

 

Charlotte : Il y a aussi eu le fait qu’après 8 saisons de SAGA au TMR, le spectacle improvisé de la compagnie Georges Poutre, Khany Hamdaoui nous a proposé cette collaboration ! Nous sommes comédiens professionnels, mais improvisateurs de base et c’est aussi ça qu’on voulait défendre ! On voulait mêler improvisation et théâtre dans un seul et même projet. Tout ça mis ensemble a donné l’idée du concept de Plan B.

 

Que jouez-vous dans Plan B ?

 

Charlotte : Les rôles que nous interprétons sont des alias, qui sont les employés d’un théâtre, et dans ces cinq alias là, il n’y en a qu’un seul qui fait du théâtre amateur. Les autres employés n’ont pas du tout l’habitude d’être sur une scène. Pour sauver la soirée, ils vont donc devoir créer une sorte d’imposture, alors qu’ils ne sont pas du tout comédiens.
Alain : Dans notre note d’intention, il y avait aussi cette idée de masques successifs. Les employés vont mettre une sorte de masque de comédien ou comédienne pour sauver la pièce et donc « faire semblant ». Mais ils enlèvent ce masque à la fin, car ils redeviennent eux-mêmes. En voulant sauver la soirée, ils vont aussi faire tomber d’autres masques : leurs relations, les non-dits, les sous-entendus, etc. Ce sont un peu ces couches successives qui vont s’enlever. Le public aura alors l’impression que la plus grosse imposture ce n’est pas que les employés d’un théâtre jouent alors que ce n’est pas leur travail, mais plutôt, le jeu de faux semblants dans leur réalité et dans leurs relations dans la vraie vie.

 

Le public du TMR est habitué aux spectacles d’improvisation SAGA de la compagnie Georges Poutre, est-ce que le spectacle Plan B est plutôt écrit ou improvisé ?

 

Charlotte : Les deux et de façon équilibrée. Au niveau de l’improvisation, nous savons que nous allons improviser une pièce type « comédie de boulevard ». Le cadre des moments improvisés est clairement défini de la même manière que lorsque nous jouons une représentation de SAGA.Alain : Comme le dit Charlotte, par rapport à certains spectacles d’improvisation, les choses sont vraiment très cadrées ici parce qu’il y a plus de contraintes qu’en impro : une scène vide et des suggestions de thèmes de la part du public. Ici les règles sont claires. On sait que c’est du boulevard, il y a un pitch texte qui existe et qui laisse volontairement des trous, on a un décor, des costumes, etc. Il y a énormément de choses qui structurent le jeu dont une très grande partie d’écriture.

 

Parlons de l’écriture justement, comment se passe le processus ? C’est toute votre compagnie qui écrit ensemble ?

 

Alain : C’est ce que l’’on appelle une création écriture de de plateau. On fait des impros, on essaye des choses et on garde ce qui nous plaît le plus à partir de l’idée de base du spectacle.

 

Quel est le plus grand challenge de ce projet inédit ?

 

Alain : Pour moi, c’est le rythme global entre les parties improvisées et non improvisées, tout en gardant un équilibre comique et dramaturgique. Avec une part d’improvisation, il faut que le spectacle soit le plus cohérent possible. Il est essentiel que le spectacle soit fluide, qu’il s’y passe plein de choses tout en restant une seule unité. Il faut faire disparaitre les aspects d’écriture et d’improvisation pour permettre aux spectateurs d’être absorbés dans l’histoire tout le temps. Je pense que c’est ça le plus gros défi, mais aussi, le plus passionnant.

 

Pourquoi est-ce que le public doit absolument venir voir Plan B ?

 

Alain : Je pense que c’est une nouvelle façon de faire du boulevard ! On est vraiment dans de la pièce de comédie qu’on connaît, mais jouée par une troupe de comédiens peut-être un peu plus jeunes, avec des méthodes de travail et des façons de faire innovantes ! Plan B est très dynamique, surprenant dans la façon dont on fait le lien entre impro et théâtre, et dans les idées qui sont mises en place. Je pense que ça va être très drôle et étonnant, direct et en lien avec ce qui se passe dans le public, encore plus que du théâtre ! C’est la force du théâtre d’être toujours présent, mais là, avec l’impro, il y aura encore plus de surprises et de liens immédiats. J’ai l’impression que le public voudra véritablement sauver la soirée avec nous de façon participative, pas dans le sens de monter sur scène et de faire des choses, mais d’être totalement avec nous dans les enjeux de l’histoire. Je pense que le niveau d’empathie avec les personnages va être très fort.

 

Charlotte : En plus, la marge de manœuvre de l’impro nous permettra de proposer un spectacle légèrement différent chaque soir en fonction du public présent. Donc n’hésitez pas à venir voir le spectacle deux fois pour voir comment les dynamiques entre les personnages peuvent changer. On se réjouit de vous faire passer une soirée inoubliable !