Bonjour Martyne Visciano, Bonjour Bruno Chapelle, qu’est-ce qui vous a amenés au théâtre ?


Martyne : j’ai toujours été fascinée par le théâtre mais j’ai commencé par faire des études, poussée par un papa qui estimait que c’est ce qu’il fallait faire. Au lieu de présenter le conservatoire, je me suis retrouvée à la faculté de Nanterre ! Un jour, j’ai croisé Jean-Pierre Darroussin et son copain Patrick Bonnel avec qui j’avais fait du théâtre en amateur pendant 2 ans, et il me dit : « Mais Martyne qu’est-ce que tu fais là ? Ohlala mais il faut que tu reprennes le théâtre ! » Et c’est comme ça que ça s’est fait ! Donc tout en continuant mes études de Science-Eco, j’ai repris des cours. Après deux ans aux Cours Florent et chez Blanche Salant au Centre Américain, je me suis lancée dans le métier ! Plus tard, j’ai rencontré Bruno Chapelle et ça a commencé… On a fait le Théâtre de Bouvard, on a travaillé des sketchs, on a écrit pour la télévision, et on a écrit plusieurs pièces dont « Daddy blues ».


Bruno : mon parcours est également assez classique. Je suis originaire de Bourgogne et après des études scientifiques, j’ai vite senti que ce n’était pas vraiment mon truc. Donc j’ai fait les cours Simon à Paris, et comme dit Martyne, c’est Bouvard (Philippe) qui a un peu été notre école d’auteurs ! On s’est mis à écrire beaucoup à ce moment-là. Ça a aussi été notre école d’interprète et de comédien, c’était fabuleux de devoir produire régulièrement des sketchs ! Nous avons fait ça pendant 2-3 ans et l’émission a continué sans nous. Cette expérience nous a donné à la fois envie d’écrire, de jouer et de créer des choses, et également une petite notoriété !


Vous avez écrit « Daddy blues » ensemble, est-ce que vous pouvez me parler de la façon dont vous avez créé cette comédie ?


Martyne : j’ai toujours manié l’écriture, je tiens des carnets depuis petite. Ce que j’adore, c’est traiter de sujets sombres mais où parfois dans la pièce, on éclate de rire. C’est mon truc ! Partir d’une situation dramatique que les auteurs vont rendre drôle. Et Bruno a vraiment le sens pour trouver des ressorts comiques purs. Avec « Daddy blues », on est vraiment dans le vaudeville. Bruno sait faire ça, les fameuses « portes qui claquent ». Moi, c’est plutôt la psychologie des personnages. Faire qu’ils sonnent juste et qu’ils soient humains. Il se trouve que je n’ai pas pu avoir d’enfants… J’avais fait des choses pour en avoir et l’adoption faisait partie du panel. Quand on a commencé à envisager les sujets, c’en était un auquel j’étais assez sensibilisée. Tout le monde sait que l’adoption est un véritable parcours du combattant. C’est tellement dur que pleins de couples explosent et ne vont pas jusqu’au bout. Notre point de départ, c’était donc un personnage principal qui arrive à la fin de cette procédure extrêmement compliquée pour découvrir que sa femme, donc la future maman, s’en va. Ce qui pose évidemment un sérieux problème !


Bruno : même si on avait eu d’autres expériences avant, notamment à la télé, c’est vraiment l’écriture du sketch au quotidien chez Bouvard qui nous a fait prendre conscience qu’on avait peut-être des choses à raconter sur un format plus long, un format théâtral. Et avec Martyne, on avait vraiment envie d’écrire une comédie. C’est-à-dire raconter une histoire un peu folle à partir d’un sujet sérieux, tout en utilisant les quiproquos et imbroglios de la comédie. Moi, je suis un grand fan de Feydeau. C’est-à-dire, installer une histoire et à chaque moment, lorsqu’on est à face à une impossibilité, trouver une solution pour s’en sortir. On commence par un premier mensonge pour se sortir d’une situation et ce mensonge nous entraine dans de nouvelles péripéties. C’est tout ce fonctionnement-là que je trouve assez jouissif à travailler en écriture, surtout à deux, car on se renvoie la balle ! On se pose des pièges mutuellement pour trouver de nouvelles idées et faire rebondir les choses. On a construit ça avec Martyne, en se posant des colles l’un l’autre.


Bruno, en tant que metteur en scène, est-ce vous pouvez nous raconter cette approche ?


Bruno : cette pièce a été montée il y a presque 20 ans au théâtre de la Michodière à Paris avec Martin LaMotte, et nous n’étions que les auteurs. La pièce a eu pas mal de succès. Depuis, j’ai créé une compagnie et on s’est dit avec Martyne : « On a pris de la bouteille tous les deux et on est bien dans l’âge des rôles ». Vu que j’avais fait plusieurs mises en scène, c’est assez naturellement que je me suis retrouvé à la baguette pour cette pièce-là.


Martyne : il faut aussi dire que quand on a décidé de remonter « Daddy Blues » et qu’on a relu la pièce, j’ai dit « mon petit bruno, il faut qu’on reprenne notre stylo ». On s’était fendu la pêche il y a 20 ans, mais on a dû reprendre le guidon et réécrire la pièce. Parce que la version actuelle de « Daddy blues » n’a rien à voir avec celle qui avait été montée à Paris. On a fait un travail de réécriture extrêmement précis. On a simplifié des choses, on en a supprimées et on en a ajoutées.


Bruno : c’est l’avantage de l’auteur vivant ! C’est qu’il peut passer le polish sur son texte et le remettre au goût du jour. En effet, il y avait des choses qui avaient un peu vieilli depuis 20 ans. La pièce est maintenant plus mature. En plus, on fonctionne sur forme de troupe maintenant. Nous sommes sont tous des amis. Nous sommes quand même 6 sur le plateau ! Ça donne une énergie, une patate au spectacle avec des couleurs différentes. Aujourd’hui, c’est de plus en plus dur vu la difficulté de produire les choses et c’est rare et très agréable d’avoir 6 comédiens sur scène.


Pourquoi est-ce que « Daddy blues » est un boulevard moderne et pourquoi est-ce que c’est LA pièce de fin d’année à voir ?


Martyne : tout d’abord, parce que c’est très drôle ! Les gens ont besoin de rigoler, particulièrement depuis 2 ans. La pièce est moderne, parce que quand nous l’avons écrite il y a 20 ans, on était presque en avance ! Il y avait déjà certaines questions qui étaient sur le tapis comme « est-ce que les homosexuels pourront un jour adopter des enfants ? ». C’étaient des sujets dont on parlait déjà à l’époque mais vraiment avec une pince à sucre. Maintenant, on est en plein dedans !


Bruno : quand on parle vaudeville ou théâtre de boulevard, il y a toujours une petite connotation un peu vieillotte. Alors que le théâtre moderne, ça ne peut être qu’un théâtre moderne, un théâtre de recherche intellectuelle ou un théâtre un peu bavard. Une des formes du théâtre, c’est la comédie pure. C’est un peu ce que faisait de Funès au cinéma. Ici, on est dans une comédie qui est là pour le divertissement. « Daddy blues » traite des sujets de notre quotidien, le public peut se retrouver dans des personnages d’aujourd’hui. Un couple qui veut adopter un enfant, aujourd’hui, c’est très compliqué. L’administration nous casse les pieds et en même temps, tout cela est traité sous la forme d’une comédie comme pouvait le faire à l’époque un Feydeau ou un Ray Cooney chez les Britanniques. Même si on est dans le comique, il faut rester dans le vrai et ce qui est vrai aujourd’hui est forcément contemporain. Je pense que le public sera séduit par l’histoire. Séduit par l’énergie de ces tous personnages, qui sont tous des comédiens qui savent très bien jouer la comédie.


Vous êtes venus au TMR en 2018 pour « J’adore l’amour, j’aimerais bien le refaire un jour ». Qu’est-ce que vous vous réjouissez de retrouver à Montreux ?


Bruno : le public ! La chaleur de la petite, mais très chaleureuse salle du TMR. Retrouver ce lien. On ne va pas jouer de la même façon au TMR que dans de très grandes salles de 400 places. Il va falloir qu’on s’adapte. Je me rappelle un public très à l’écoute qui aime le théâtre de divertissement et qui vient pour passer une soirée de détente. Et ça, c’est important. L’autre chose qu’il faut mentionner aussi, c’est que nous allons jouer deux semaines de suite, soit 12 représentations. Pour nous qui avons l’habitude de jouer plus ponctuellement les choses, c’est une super opportunité !


Martyne : c’est ce que j’allais dire. Moi je me régale. Quand on joue dans des lieux très différents, il faut s’adapter au lieu. Cette pièce a beaucoup d’accessoires, il faut que tout roule et soit bien réglé, on y passe du temps. Là, je trouve ça génial, on s’installe, c’est plus confortable et jouissif. On prend plus confiance. Le public va changer tous les soirs, mais on prend possession du lieu. On peut oublier tous les problèmes techniques et se plonger dans les personnages tout en étant proche du public. C’est une autre façon de jouer. Les spectateurs étant plus proches de la scène, ils peuvent vraiment sentir toutes les nuances d’un personnage. Pour un acteur, c’est vraiment génial parce que la réponse du public est là.


Bruno : on se réjouit aussi de retrouver les spectateurs à l’issue de la représentation dans la nouvelle buvette du TMR ! Je me réjouis beaucoup de boire un verre, manger de la tomme et passer un très bon moment de partage avec les spectateurs !


Merci beaucoup, Martyne et Bruno, pour votre temps. Au plaisir de vous voir sur la scène du TMR dans deux semaines et de passer une bonne partie du mois de décembre en votre compagnie !